Mon chien, un oubli impossible

Jean-Marie Brohm est docteur d’État ès lettres et sciences humaines, professeur émérite de sociologie de l’université Paul Valéry-Montpellier III, directeur de publication de la revue Prétentaine. Il signe un formidable ouvrage sur les chiens : Anthropologie du chien, l’homme et son double. Il nous confie ses souvenirs et sa peine encore vivace face à la mort du chien de sa vie, Voutsy.

Odile Girard : Vous avez perdu votre chien il y a quelques années. Racontez-nous qui il était.

Jean-Marie Brohm : J'ai perdu mon chien Voutsy que j'appelais aussi par son petit nom intime "Mavono". C'était un bâtard fox noir à poil ras avec un beau poitrail blanc. Il avait 12 ans et était malade quand il est mort. J'aimais d'amour cet être fragile, affectueux et rusé. Une sorte d'alter ego ou de double. Je n'ai jamais pu l'oublier ni le remplacer. Aujourd'hui encore quand je regarde des photos, j'ai un pincement au cœur et un sérieux coup de blues.

OG : Qu’avez-tu gardé de lui après sa mort ? 

JMB : J'ai longtemps gardé ses colliers avant de les jeter, mais j'ai conservé, je ne sais pourquoi, son dossier vétérinaire (très fourni) et les lettres que mes proches et amis m'ont envoyées après sa mort. J'ai écrit un texte sur sa fin de vie, "Un chien se meurt" dans la revue Prétentaine, n° 7/8, ("Anthropologie de l'ailleurs. Présence de Louis-Vincent Thomas) octobre 1997, en l'associant à la mort de mon ami et collègue Louis-Vincent Thomas, professeur à la Sorbonne, spécialiste de l'anthropologie de la mort et grand ami de mon chien. Ce texte, écrit dans la tristesse et les pleurs, est la trace écrite indubitable de son existence qui a marqué à jamais ma vie, mais aussi celles et ceux qui l'ont connu, parfois gardé, et toujours aimé la gentillesse de sa séduction.

Quelques souvenirs me reviennent régulièrement : les promenades au bois de Vincennes, les voyages assis devant dans ma voiture, les vacances au bord de la mer avec mon fils, les sorties au restaurant, les escapades où il m'accompagnait partout et aussi sa redoutable gourmandise et ses grands talents de "rouleur de pelles" par lesquelles il marquait son affection et son attachement.

Voutsy est longtemps resté physiquement présent/absent dans mon appartement : ses poils sur la moquette et le canapé, son odeur aussi sur le fond du fauteuil qui était son lieu de prédilection pour ses siestes.

OG : Qu’est-ce que le souvenir ?

JMB : Le souvenir finalement, c'est cette lancinante douleur d'un oubli impossible.

9782840163244.webp

04/04/2021